Archives mensuelles : août 2014

Apprentissage

retour de manivelle livre

Il est un aspect de la Firme méconnu c’est son dévouement à la cause de la formation des jeunes grâce à l’alternance, notamment dans l’enseignement supérieur.

« Dans le cadre d’un contrat en alternance, l’employeur* s’engage à fournir un emploi au salarié** et à organiser sa formation ».
* la Firme
** le jeune
Ainsi pendant la durée du contrat, les jeunes gens suivent des cours dans un organisme de formation (public ou privé) les préparant au diplôme requis et travaillent dans la Firme en alternance (d’où le nom, oui, ça vient de là).
Les alternants sont PAYÉS par la Firme pendant qu’ils occupent le poste de travail ET lorsqu’ils sont en cours (la Firme est généreuse).

Choisissons une Firme au hasard qui anticipe sur ses besoins en salariés. Elle détecte par exemple des besoins en personnels à venir de niveau Bac+2. Elle embauche des jeunes gens en aval et leur propose un contrat en alternance de 2 ans qui les amènera au diplôme (la Firme les prend par la en main).
La Firme choisit le contrat d’alternance le plus souple, comprendre le plus avantageux pour elle (la Firme fait partie du MEDEF).
La Firme veut recruter elle-même les alternants car elle est la meilleure en tout et PERSONNE, surtout pas ces crevards d’enseignants, ne doit en douter (la Firme est une multinationale).

Après le tri des CV, les entretiens téléphoniques et en face à face, les candidats définitivement retenus portent sur leur visage et/ou leur nom l’origine de leur famille : l’Afrique Noire, le Maghreb, les Comores, l’Arménie et la France. Leur origine mais aussi leur religion. Le black, blanc, beur made in la Firme est un mélange de cathos (l’histoire ne dit pas si les personnes d’origine arménienne sont orthodoxes ou pas), musulmans et juifs.

Exemplaire la Firme ? Levier d’intégration la Firme ? Que nenni.

Sachez que pour alimenter ses mini-Firmes situées dans les quartiers pauvres, middle-class ou riches de la Grande Ville, elle a besoin de salariés « couleur locale ». C’est aussi simple que ça. La clientèle ne sera pas dépaysée et va en être toute réconfortée (la Firme aime ses clients, fort).
La Firme ne formalise ni ne reconnaît cette politique de recrutement (la Firme est discrète). Le melting-pot final n’est qu’une question de hasard d’après elle (la Firme nous prend pour des cons).
Personnellement, je trouve cette façon de faire d’un racisme absolu et abouti. Mais ce n’est que mon opinion, vous n’êtes pas obligés de la partager.

En outre, autant de critères compliquent la sélection et influent sur la qualité du bouquet final. C’est un peu comme si pour remplir une classe, on décidait de ne pas retenir :

    • les vrais jumeaux parce qu’on a peur de les confondre ;
    • les filles à forte poitrine parce qu’on fait du 85A;
    • les garçons nommés Kevin parce que faut pas déconner ;
    • les possesseurs du permis A parce qu’ils risquent d’avoir un véhicule (voir infra) ;
    • les possesseurs de véhicule parce qu’il n’y a pas de parking dans l’université ;
    • les fausses blondes ;
    • les vraies brunes ;
    • les candidats qui mesurent plus d’un mètre quatre-vingts car les tables ne sont pas prévues pour ;
    • les candidats qui mesurent moins de 1,70m sinon ils ne pourront pas effacer la totalité des tableaux ;
    • les végétariens, les végétaliens, les allergiques au gluten et au lactose, parce que la restauration ne peut pas les nourrir ;
    • les candidats ayant au compteur plus de 8 journées d’absence en Terminale parce qu’on est exigeant mais pas réaliste…

Nécessairement les possibilités de choix sont réduites.
Dans le cas qui nous intéresse, le cocktail bien que plein de couleurs n’est pas bon.
Et c’est là que ça devient très rigolo.

Que les dieux tripotent la Firme mais les sélectionnés ont de mauvais résultats, accumulent les retards, les absences, les comportements incivils dans l’établissement de formation ET phénomène rarissime dans les mini-Firmes. ET ce dernier point, croyez-moi, n’est pas du goût de la Firme (la Firme est furax). Mais pourquoi me direz-vous ? Si, si, vous l’avez dit.

[Petit interlude sur les mini-Firmes pour répondre à votre question]
Chaque alternant a un tuteur chargé de l’encadrer, le former, l’aider. Enfin plutôt surchargé car les personnels titulaires sont de moins en moins nombreux. Ceux qui restent, de plus en plus pressés comme des citrons et crucifiés au tableau des objectifs (la Firme a des actionnaires), ont un temps de cerveau disponible à consacrer aux alternants…. qui se réduit comme peau de chagrin.
Cerise sur le gâteau, si la Firme « restructure » elle supprime le plus souvent des emplois et des postes. Il faut bien reconnaître une qualité aux Firmes c’est leur constance, pour elles restructuration = nettoyage par le vide. Ainsi, ce sont les alternants qui se retrouvent sans bureau, sans ordinateur, sans outils mais pas sans travail à faire car les tâches à réaliser perdurent et s’accumulent sur ceux qui restent… (La Firme est rationnelle). Les jeunes gens servent de variable d’ajustement pour les congés, les congés-maladie, les congés-maternité…Vous voyez la panique  si les alternants ne sont pas sérieux (la Firme a ses vapeurs) ? Parce que si les cantonner dans des tâches d’exécution primaires, qui souvent ne correspondent pas à l’examen préparé, n’est pas un problème, foutre en l’air l’organisation voir la rentabilité et peut- être même les Objectifs des mini-Firmes c’est pêcher (la Firme ne rigole pas) !
[Fin du petit interlude sur les mini-Firmes pour répondre à votre question]

Le côté savoureux, c’est que la Firme veut les utiliser et eux ne foutent rien. Comme ils ne sont pas idiots, ils se sont informés – à défaut de se laisser former-, ils se servent d’Elle, depuis le début, depuis le jour où ils ont décidé de postuler. Une stratégie sans faille qui leur permet d’être deux ans à l’abri, payé peu certes mais payé et sans risque d’être viré une fois le premier mois passé. Comme celui-ci chevauche juillet/août il se déroule juste avant/pendant les congés, impossible de se priver de main d’œuvre à ce moment là et après c’est trop tard (la Firme a les boules).

Lors des réunions semestrielles, ils regardent la Firme les yeux dans les yeux sans frémir. Ils disent qu’ils manquent de maturité (ahahahah), qu’ils vont faire des efforts (ahahahah-re), rattraper leur retard pendant l’été (ahahahah-re2). Du grand art.

Fascinant que le cynisme de la Firme se retourne contre elle (la Firme a fait école malgré tout).
Le cynisme de la société toute entière qui se donne en spectacle, les petits arrangements avec la vérité, avec la loi… en comptant aussi les mensonges éhontés servis sur un plateau à la seule heure où, éventuellement, ils regardent ou entendent la télé, les ont bien formés, sans contrat et surtout pas moral.

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