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Carnage

Au lendemain du soir de la victoire du choléra aux élections dans ma région, j’ai envie de dire merci. Beaucoup d’émotion déjà dimanche dernier en apprenant que PACA serait prochainement dirigée par l’extrême droite ou l’extrême droite. Parce qu’on peut toujours faire la fine bouche mais les faits d’armes d’Estrosi montrent qu’il n’a rien à envier au FN. J’aurais pu dire aussi « dirigée par une cruche ou une cruche ». L’insondable bêtise et l’incommensurable inculture des deux se valent.

Mais foin de divagations, j’ai tellement besoin d’exprimer ma reconnaissance envers tous ceux sans lesquels je ne sentirai pas ce remugle monter du fin fond de l’électorat, sans lesquels ma région n’en serait pas arrivée là. Ils sont tellement nombreux et j’ai tellement de choses à leur dire… j’espère ne pas être trop longue.

J’ai envie de dire, « à tout seigneur, tout honneur », place donc au Parti Socialiste. Lui qui a tant fait pour que la politique régionale soit laminée. Lui qui a laissé régenter et prospérer le baron Guérini[1] dans son fief sans moufter. Il faut dire, elle en a rendu des services au national, la fédération des Bouches-du-Rhône ! Jusqu’à ce que le national soit pieds et poings liés. Laisser faire et laisser dire. Jusqu’au bout du bout, jusqu’à ce que les réseaux soient bien installés et le clientélisme au top. Ainsi Guérini, l’adepte de l’arrosoir, est resté sénateur et s’est payé le luxe de quitter le PS avant que celui-ci ne le quitte.

Un autre grand moment, les municipales à Marseille et donc les primaires PS. Des candidats marqués du sceau de la magouille, avec une casserole-mutuelle qui traîne ou un syndicat dans la poche ou une dynastie qui protège ou un discours sécuritaire qui rameute.Tout ça pour les résultats qu’on sait : l’échec du PS et la victoire du cacochyme Gaudin appelé à régner. Oui parce qu’à Marseille on règne.

Continuons la descente, le puits est sans fond.

Ensuite les régionales. Aller chercher un parfait inconnu, sauf à Forcalquier, ville dont il est maire, pour affronter les camelots hyper-médiatisés MMLP et Estrosi, mais quelle idée de génie ! Pas un ténor n’a voulu s’y coller, la partie semblant difficilement gagnable. Comment on ne se battrait que quand on est sûr de garder ou gagner la place ? Ah ben oui finalement. La preuve : on ne va pas au second tour si on est le dernier côté du triangle parce que sinon… sinon on ne fait pas barrage au FN ! Mais comme ça doit bien booster le nombre d’électeurs FN, piqués de savoir qu’ils puent tellement qu’on veut leur faire barrage. Cette stratégie est aussi efficace qu’un pin’s. Les résultats du deuxième tour sont là pour le démontrer.

Au niveau national, le PS n’a pas démérité, il est important de le noter. Loin de moi l’idée de faire l’historique de ce parti, je vais me contenter de remonter aux limbes (état de l’au-delà situé aux marges de l’enfer) : Harlem Désir. Celui dont personne ne voulait mais comme personne ne voulait personne hormis son poulain… Celui-ci dégagé et mis dans un placard rémunérateur, place à Cambadélis l’opportuniste capable de dire tout et son contraire et profondément libéral. Soyons claire, je ne m’étonne pas que le PS n’ait de socialiste que le nom. Il en est ainsi depuis fort longtemps. Je m’étonne juste qu’il y ait encore des gens qui le croient. De reniements en reniements, il faut vraiment être dans le déni pour ne pas s’en rendre compte.
En outre, le PS élève ses éléphants hors-sol, ils sont coupés de la réalité. Ce qui ne manque pas de sel car ils s’affichent pragmatiques et invoquent la réalité pour moquer ceux qui croient en une alternative.
Mais n’achevons pas le PS en oubliant les frondeurs. Les frondeurs ! Ceux qui glapissent, couinent, mordillent les mollets et retournent au panier au premier coup de pied. Ils ont bien œuvré eux aussi, qu’ils en soient remerciés.

Même si je célèbre un événement régional, je ne peux que reconnaître le rôle déterminant du gouvernement et du Président de la République.
Lequel a fait tant de promesses et n’en a tenu aucune (sauf le Mariage pour tous qu’il a tellement bien soutenue et accompagnée que nous étions proches de la guerre civile).
Lequel a bien abandonné la jeunesse, priorité de son quinquennat, à son sort, son triste sort, celui du chômage, du no future pour une partie d’entre elle.
Lequel n’a pas sorti l’Education Nationale de l’impasse où l’avaient mise les précédents et a laissé la fabrique des exclus continuer à tourner à plein régime.
Lequel a oublié le corps qu’il l’avait élu au deuxième tour pour s’inscrire dans une politique délibérément libérale.
Lequel a tué les possibilités d’alternative en oeuvrant pour persuader les électeurs que l’austérité est obligatoire notamment par son absence de soutien à la Grèce.
Lequel va tolérer que le SMIC augmente de 6 centimes le 1er janvier 2016.

« Le social n’est pas une question tabou » a déclaré le porte-parole du gouvernement le 14 décembre. On ne saurait mieux dire.[2]

Le président et son premier ministre se sont jetés comme des charognards sur les cadavres de Charlie pour ressouder le pays autour des valeurs de la république, non pardon, pour ressouder le parlement autour du vote du projet de la loi Macron et pour stigmatiser les vilains-qui-n’étaient-pas-Charlie. Les vautours ont été à l’œuvre aussi après les attentats de novembre. Quel entrain à sauter sur l’occasion pour prôner le sécuritaire, instaurer l’état d’urgence, empêcher les opposants à la COP21 de manifester, assigner à résidence les « activistes ». Quel rapport avec ce que nous célébrons aujourd’hui ? Celui d’essayer de récupérer l’électorat de l’ordre, celui du FN. Avec un bel échec à la clé, les électeurs ont préféré l’original à la copie.

Je ne peux pas terminer sans remercier les partis de (la vraie ?) gauche, le PG et le PC. Le boulevard qui leur était ouvert grâce aux premiers reniements de Hollande et aux 11,10 % de Mélenchon au premier tour des Présidentielles s’est vite transformé en impasse. De dégringolade en dégringolade électorale jusqu’à finir à un total de 4,04 % au premier tour des régionales. A-t-on déjà assisté à une dissolution aussi rapide d’un électorat ? Pas sûr.

« Le guerrier des idées » a choisi d’affronter le FN au lieu de labourer le sillon d’un vrai projet social[3], le PC a joué perso à chaque élection pour garder les postes et les financements. Aucun des deux partis n’a de position claire sur l’Union Européenne -même après les évènements liés à la Grèce- à part la lutte de l’intérieur qui a fait la preuve de son inefficacité. Même s’ils ont/avaient des propositions, aucune n’est audible. Une des raisons à ce phénomène : ils critiquent et conspuent, à raison, les décisions du gouvernement mais font alliance avec le PS quand nécessaire pour garder les postes, les financements (bis repetita). Dernier exemple la semaine dernière, je ne résiste pas à vous repasser la photo du délit :

Capture d’écran 2015-12-11 à 21.17.17

Le poing levé… l’Internationale peut-être ? Les fusions techniques ce fléau.

Mais on me dit dans l’oreillette que le temps qui m’était imparti est largement écoulé. C’est toujours comme ça dans les cérémonies, les discours sont trop longs. On me souffle aussi que je n’ai pas donné les raisons de ma diatribe. Ce sont des personnes.

Celles qui, comme moi, ne sont pas allées voter, pour certaines pour la première fois même parmi celles qui disaient : « il faut voter, il y a des gens qui sont morts pour le droit de vote. »

Celles qui ont mis des bulletins barrés, déchirés, critiques, explicatifs dans l’enveloppe ou rien…

Celles qui ne croient plus en la possibilité d’un monde meilleur qui passerait par les élections.

Celles qui croient encore en la politique. Mais pas en celle-là.

[1] Mon passage préféré dans la bio Wikipédia de Guérini: « Bien qu’originaire du même village que les gangsters français Antoine et Barthélémy Guérini (…). Jean-Noël Guérini s’est toujours défendu d’être de leur famille arguant que ce patronyme est très répandu à Calenzana. »

[2] À toutes fins utiles, on trouvera ici http://el-pourrito.blogspot.fr/2015/12/mesdames-et-messieurs-la-gauche.html une liste (provisoire) des actions de ce gouvernement et du président.

[3] « FDG, merci pour ces élections » http://www.liberation.fr/debats/2015/12/13/front-de-gauche-merci-pour-ces-elections_1420419

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